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Faut-il recruter ou automatiser ?

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Article · 9 min de lecture ·

Portrait de Jean-Paul Lovissoukpo

Jean-Paul Lovissoukpo EXPERT MAKE

Expert no-code & automatisation

Illustration de l'article : Faut-il recruter ou automatiser ?

Une entreprise qui grandit atteint toujours ce moment : le travail déborde, les journées ne suffisent plus, et il faut décider. Faut-il recruter ou automatiser ?

La question est posée comme un choix entre deux dépenses. Elle mérite mieux que ça, parce que les deux options ne répondent pas au même problème. Voici comment trancher sans se tromper.

Le calcul honnête, en quatre lignes

Avant tout raisonnement, faites l’arithmétique. Elle surprend souvent.

Prenez la tâche qui vous fait envisager un recrutement. Combien de temps prend-elle par semaine, toutes personnes confondues ? Répartissez ensuite ce temps en deux colonnes : d’un côté ce qui est purement mécanique, recopier, vérifier, envoyer, classer, de l’autre ce qui demande du jugement, décider, négocier, rassurer, arbitrer.

Dans la plupart des entreprises que j’accompagne, la colonne mécanique représente entre la moitié et les trois quarts du total.

Si c’est votre cas, la question change complètement de nature. Vous n’avez pas besoin de quelqu’un pour faire ce travail mécanique : vous avez besoin qu’il disparaisse. Et vous découvrirez peut-être que le poste que vous vouliez créer n’était en fait qu’une accumulation de gestes évitables.

Ce qu’un système fait mieux qu’une personne

Soyons précis, parce que les vraies forces d’une automatisation ne sont pas celles qu’on cite d’habitude.

La régularité. Un système traite le centième dossier exactement comme le premier. Il ne se fatigue pas en fin de journée, ne bâcle pas quand la semaine est chargée, et n’oublie jamais une relance parce qu’un client important a appelé au mauvais moment.

Les horaires. Il travaille la nuit, le dimanche et pendant les congés. Pour toute activité où les clients écrivent à toute heure, ce que fait WhatsApp dans notre région, c’est un avantage considérable et impossible à obtenir par un recrutement raisonnable.

L’absence d’oubli. Il ne perd pas une information parce qu’elle était sur un post-it.

La montée en charge. Doubler le volume ne demande rien. Passer de cent à deux cents dossiers par mois se fait sans rien changer, là où un recrutement supplémentaire aurait été nécessaire.

La mémoire de l’entreprise. Quand une seule employée sait comment on prépare les commandes, son absence bloque tout le monde. Une fois le processus automatisé, la connaissance est dans le système.

Ce qu’une personne fait mieux qu’un système

L’inverse est tout aussi vrai, et un prestataire honnête doit le dire.

Le jugement dans l’inhabituel. Un client mécontent avec une demande particulière, un fournisseur qui propose un arrangement, une situation qui ne rentre dans aucune règle : c’est exactement là qu’un humain est irremplaçable.

La relation. On achète souvent à quelqu’un, pas à une entreprise. Aucun système ne remplace un commercial qui connaît ses clients par leur prénom et sait quand relancer et quand se taire.

L’amélioration continue. Un système fait ce qu’on lui a dit. Une personne remarque que quelque chose ne va pas, propose de faire autrement, repère une opportunité.

Le travail non répétitif. Tout ce qui change à chaque fois est mal adapté à l’automatisation. Y consacrer un système coûte plus qu’il ne rapporte.

La question se pose autrement en Afrique

Il faut aborder ce point franchement, parce qu’il revient toujours.

L’argument classique en Europe est que l’automatisation coûte moins cher qu’un salaire. Au Bénin comme dans plusieurs pays de la région, la main-d’œuvre est plus accessible, et cet argument perd de sa force. Certains en concluent que l’automatisation est un luxe importé.

C’est vrai pour les tâches simples, exécutées aux heures de bureau, sans enjeu d’erreur. Recruter reste alors souvent la meilleure décision, et elle a l’avantage de créer un emploi.

C’est faux dans quatre situations, très fréquentes.

Quand c’est le temps du dirigeant qui est consommé. Une heure du patron passée à pointer des paiements n’est pas une heure de salarié : c’est une heure qui n’a pas servi à vendre, à recruter ou à négocier. Son coût réel est bien supérieur.

Quand le travail doit se faire hors des heures ouvrées. Répondre à un client à 22 heures, envoyer une relance à 6 heures du matin, traiter les commandes du week-end. Aucun recrutement raisonnable ne couvre ces plages.

Quand l’erreur coûte cher. Une commande expédiée sans paiement confirmé, une facture oubliée : ces incidents coûtent bien plus que le temps de la tâche elle-même.

Quand le volume est irrégulier. Un pic de commandes ne se recrute pas. Un système absorbe la variation sans rien changer.

La troisième voie, celle que je recommande le plus souvent

Ce n’est ni recruter ni automatiser, c’est automatiser pour mieux recruter.

Prenez le poste que vous envisagez et retirez-en toute la partie mécanique. Ce qui reste est plus intéressant, plus qualifié, et beaucoup plus facile à pourvoir. Une offre d’emploi qui promet du suivi client et de la relation attire de meilleurs candidats qu’une offre de saisie de données.

Vous y gagnez trois fois : le recrutement est plus rapide, la personne reste plus longtemps parce que son travail a du sens, et elle produit davantage puisqu’elle n’est pas occupée à recopier.

C’est ce qui s’est passé sur un projet où le client consacrait jusqu’à vingt heures par semaine à lire des documents pour en recopier les informations. Ces heures sont revenues dans sa semaine, et elles servent maintenant à traiter davantage de dossiers, pas à supprimer un poste. Le détail est sur la fiche du projet.

Recruter ou automatiser : les signaux qui tranchent

Recrutez si le besoin porte sur du jugement, de la négociation ou de la relation. Si chaque dossier est différent. Si le volume actuel occupe déjà pleinement les personnes en place sur des tâches non mécaniques. Si vous prévoyez une croissance qui demandera de toute façon plus de mains.

Automatisez si vous reconnaissez la même séquence de gestes plusieurs fois par semaine. Si les erreurs de saisie reviennent. Si les tâches doivent se faire en dehors des heures ouvrées. Si le travail bloque dès que quelqu’un s’absente. Si votre propre temps est absorbé par de l’administratif.

Faites les deux si la personne que vous envisagez passerait la moitié de son temps sur des gestes mécaniques, ce qui est le cas le plus fréquent.

Un exemple chiffré

Prenons une entreprise de distribution qui envisage un recrutement administratif.

En listant les tâches concernées, on trouve : le pointage des paiements reçus, la saisie des commandes venues de WhatsApp, l’établissement des factures, les relances des impayés, et le suivi des livraisons. Au total, une trentaine d’heures par semaine, réparties entre le gérant et une assistante déjà en poste.

En séparant les colonnes, le constat est net. Le pointage, la saisie et l’établissement des factures sont entièrement mécaniques : ils suivent des règles fixes et représentent environ vingt heures. Les relances sont mécaniques dans leur déclenchement mais demandent du jugement quand un client répond. Le suivi des livraisons nécessite de parler aux gens.

La bonne décision n’est donc ni de recruter à temps plein, ni de tout automatiser. C’est d’automatiser les vingt heures mécaniques, ce qui libère l’assistante déjà en poste pour absorber le reste, et de repousser le recrutement de plusieurs mois. Le jour où il aura lieu, il portera sur un vrai poste de relation client.

Faites cet exercice sur votre propre situation avant toute décision : la répartition entre les deux colonnes vous dira presque toujours quoi faire.

Une question de calendrier

Un dernier argument, souvent décisif : les délais ne sont pas les mêmes.

Un recrutement demande de rédiger l’offre, trier, rencontrer, choisir, former, puis attendre plusieurs semaines avant que la personne soit pleinement opérationnelle. Une automatisation simple est en service en quelques jours, un système complet en deux à quatre semaines.

Quand le travail déborde maintenant, cette différence compte. Automatiser permet souvent de tenir le temps de recruter correctement, plutôt que de recruter dans l’urgence, ce qui est la meilleure façon de se tromper.

La question « recruter ou automatiser » n’appelle donc pas une réponse unique : elle appelle un calcul, tâche par tâche. Si vous voulez le faire sur votre situation réelle, écrivez-moi. Un premier échange suffit généralement à voir quelle part du poste envisagé est mécanique, et donc quelle est la bonne décision. Si la réponse penche vers le système, voici ce que je mets en place, et en combien de temps. Et si vous voulez repérer vous-même les gestes à confier à un système, cette liste de dix tâches est un bon point de départ.

Questions fréquentes

L'automatisation supprime-t-elle des emplois ?

Dans les projets que je livre, elle supprime des gestes, pas des personnes : la recopie, le pointage, le tri. Les équipes récupèrent du temps pour ce qui demande du jugement et du contact humain. Le plus souvent, elle évite surtout un recrutement d'urgence mal préparé.

À partir de quand faut-il automatiser plutôt que recruter ?

Quand la tâche est répétitive, suit des règles stables et se fait plusieurs fois par semaine. Si le besoin porte sur du jugement, de la négociation ou de la relation client, c'est un recrutement qu'il faut, pas un système.

Peut-on faire les deux en même temps ?

C'est même souvent la meilleure décision. Automatiser d'abord la partie mécanique du poste permet de recruter ensuite sur un profil plus qualifié, avec une fiche de poste plus intéressante et donc plus facile à pourvoir.

L'automatisation est-elle rentable là où la main-d'œuvre est peu chère ?

Oui, mais pas pour les mêmes raisons qu'en Europe. Le gain ne vient pas seulement du coût horaire : il vient de la régularité, de l'absence d'erreurs, du fonctionnement la nuit et le week-end, et du temps rendu au dirigeant.

Combien de temps avant de voir l'effet d'une automatisation ?

Quelques jours pour un chantier simple, deux à quatre semaines pour un système complet. C'est bien plus rapide qu'un recrutement, qui demande de sourcer, sélectionner, former et attendre la montée en compétence.

Un processus à automatiser ?

Commencez par décrire la tâche, ses entrées, ses exceptions et le résultat attendu. On regarde ensemble ce qui peut tourner tout seul.

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